Les RIDM présentent… Frederic Wiseman

S’il est un rendez-vous que je ne voulais pas manquer, c’est bien celui des Rencontres internationales du documentaire de Montréal, car c’est un genre cinématographique que j’affectionne particulièrement et qu’il s’agit d’un évènement fabuleux pour tous les passionnés comme moi. Cette année, les RIDM se sont tenues du 9 au 20 novembre 2011.

Le festival était organisé en trois volets :

  • La Compétition officielle
      • compétition internationale longs métrages
      • compétition nationale longs métrages
      • compétition internationale de courts et moyens métrages
  • Le Panorama
  • Les Retrospectives

Puisque la programmation était particulièrement chargée, j’ai dû faire des choix, et je me suis concentrée tout d’abord sur le volet « Rétrospectives », qui rendait hommage à un grand documentariste américain :  Frederic Wiseman.

Pour l’occasion, un grand nombre de ses films étaient projetés sur les écrans de la cinémathèque durant le festival, et une leçon de cinéma donnée par le réalisateur lui-même était organisée, le 12 novembre.

Cette leçon de cinéma était donnée en direct par Skype. Frederic Wiseman a commencé par nous parler rapidement de sa carrière avant de se confier sur le processus de création de ses documentaires.

Ainsi, pour ceux qui ne connaitraient pas encore le réalisateur, sachez que tous ses films portent sur des institutions : asile, écoles, prison, hôpital, police, etc. La plupart ont été filmés aux États-Unis, mais il a également consacré deux de ses films aux institutions culturelles françaises telles le Ballet de l’Opéra de Paris et dernièrement le cabaret Crazy Horse. Ce dernier a, par ailleurs, fait l’ouverture des RIDM.

S’il a choisi de traiter des institutions, c’est avant tout parce qu’il considère que les films tournés autour des institutions sont souvent peu nombreux et mal examinés par le cinéma de fiction.

Frederic Wiseman a tourné son premier film en 1966, et depuis, il en tourne environ un par année.

Son processus de création

Sitôt qu’il a une idée de lieu où il pourrait tourner, Frederic Wiseman prend rendez-vous avec le chef de l’institution et lui explique son projet. Il précise qu’il s’agit d’un pur documentaire et que par conséquent, il n’y aura aucune mise en scène. Une fois qu’il obtient l’accord du directeur d’institution, il lui envoie une lettre qui raconte la même chose et demande une signature. Cette lettre fait alors office de contrat entre les deux parties. Puis il commence à tourner dans la foulée car il  ne veut pas que son interlocuteur change d’avis.

Wiseman confiait durant cette leçon de cinéma qu’il n’engage aucune recherche avant le tournage. Il commence à mener ne petite réflexion d’organisation deux jours avant la première journée de tournage. Il ajoute : « Pour moi, le tournage est la recherche. » Et il se justifie en disant que cette période de recherche et d’observation d’avant tournage assez déprimant et même rageant, car la plupart du temps, il voit des choses qu’il voudrait filmer mais il n’est pas encore prêt à tourner. C’est comme une perte d’instants uniques.

Durant sa période de tournage, l’équipe tourne 2 à 3h par jour maximum, mais reste 8 à 10h sur place. Durant ce temps, il pose des questions, analyse, observe, engage des conversations avec le personnel..

Chaque jour, Wiseman se contente d’accumuler des séquences. Il n’a aucune idée encore de thématique précise pour son film.

Il souligne que le documentaire est un genre cinématographique qui nécessite de la rapidité et de l’efficacité dans la mise en place : « Si vous croyez que vous pouvez anticiper les mots ou gestes du monde, vous avez presque toujours tort. C’est toujours quand on arrête de filmer qu’il se passe la meilleure des séquences. »

La durée de ses tournages est très variable et oscille entre 4 et 12 semaines. Chaque soir de tournage, il regarde les rushs de la journée et les envoie à son assistant monteur pour la synchronisation. Il commence le montage seulement à son retour de tournage.

Difficile alors de savoir quel sera le bon moment pour arrêter les caméras et mettre fin au tournage. Pour Frederic Wiseman, ce moment là correspond au moment où il commence à être tanné de dormir à l’hôtel et qu’il désire rentrer chez lui. C’est souvent un moment où il sent qu’il a accumulé assez de matière pour faire un film, même s’il ne sait toujours pas qu’elle sera le thème de son documentaire.

Lorsqu’il rentre chez lui, Frederic Wiseman s’attelle au montage : il regarde tous les rushs, sans exception puis il distribue 1, 2, ou 3 étoiles en fonction de leur pertinence. À l’issue de ce visionnement, il élimine environ 50% des séquences. Par la suite, il monte toutes les séquences qui peuvent être utilisées. Cela lui prend entre 6 et 8 mois.

Il procède ensuite à l’assemblage afin de voir, par exemple, si la séquence 3 pourrait aller avec la séquence 52. Enfin, il travaille sur le rythme de chaque séquence puis le rythme entre les séquences. Il procède à quelques coupures. Finalement, c’est pendant le travail d’assemblage, réalisé dans les 6-8 dernières semaines, qu’il découvre véritablement le sujet de son documentaire. Pour terminer, à la fin, il revoit tout, même les rushs qu’il a éliminé au départ, car ile peuvent lui servir à réaliser certaines transitions.

Cette leçon de cinéma a donc été très intéressante pour le public curieux de découvrir le travail du cinéaste, d’autant que Frederic Wiseman a ponctué ses explications en montrant plusieurs extraits de ses documentaires, qui illustraient ses propos. 

Par exemple, pour montrer l’idée selon laquelle la caméra, d’après lui, ne change pas le comportement des acteurs, il a partagé un extrait de « Law and order » dans lequel on voit la Police abuser de son pouvoir en violentant une prostituée.

Également, pour illustrer son travail de sélection des séquences au montage, il a montré un extrait de « Basic training », en expliquant que l’extrait de 6 minutes est issu d’un rush de 5 heures.

Enfin l’extrait de « Welfare » illustrait parfaitement l’idée selon laquelle Wiseman tend dans ses films à lutter contre les clichés. On y voit tout type de gens venus chercher de l’aide sociale. Je suggère, par ailleurs, à tous ceux qui ne connaissent pas encore Frederic Wiseman de visionner ce film, tout à fait à l’image du cinéaste.

Présenté par Noémie, dans l’émission du 16 novembre

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