Albert Nobbs

Crédit - Roadside Attractions

Albert Nobbs (113 minutes, co-production Royaume-Uni et Irlande)

Réalisation: Rodrigo García

Avec: Glenn Close, Janet McTeer, Mia Wasikowska, Aaron Johnson, Pauline Collins et Mark Williams.

Vendredi dernier sortait sur nos écrans le dernier film de Rodrigo Garcia, Albert Nobbs. Le fils de l’auteur Gabriel Garcia Marquez a pris un grand risque en adaptant au cinéma cette histoire tirée d’une nouvelle de l’auteur irlandais George Moore.

Dans une Irlande du 19e siècle, ravagée par une crise économique importante, Albert Nobbs, lui, gagne bien sa vie en tant que majordome dans une sorte d’Hôtel chic situé à Dublin. Employé très discret mais efficace, il cache en réalité un très grand secret : c’est une femme. Pour se faire respecter, mais aussi pour être certain de se trouver un travail, c’est le seul moyen que ce personnage a trouvé : se travestir. Toute sa vie, elle emprunte donc une identité et un genre qui ne sont pas les siens, un secret qui ne doit absolument pas être découvert par quiconque, il en va de sa survie.

Il y a trente ans maintenant, l’actrice principale du film, Glenn Close, avait joué ce même personnage complexe au théâtre, sur une scène de Broadway. Au théâtre, c’est plus simple, on se fie à l’imagination des gens et ça n’est pas un problème si les décors ne sont pas complets ou exacts, ni même si les costumes ou maquillages sont crédibles. On imagine le reste. Le problème avec l’adaptation en film de cette histoire, est que la crédibilité du récit est grandement diminuée lorsqu’on passe à un milieu qui est sensé dépeindre tellement fidèlement la réalité, grâce à ses grands moyens, qu’il n’y a plus tellement de place pour l’imaginaire. Il faut donc que tout soit parfait, pour que ce soit crédible, ce qui n’est pas le cas ici.

Le critique Marc-André Lussier a posé dans sa critique une question fort intéressante : est-ce qu’on peut, nous, en tant que spectateurs, croire que cet être puisse duper tout son entourage à ce point, sans ne jamais éveiller le moindre soupçon? À cela, j’ai la même réponse que le chroniqueur de La Presse : non.

En visionnant Albert Nobbs, on comprend la nomination du film aux Oscars pour ses maquillages, il est vrai que Glenn Close est beaucoup plus masculine, grâce à ses prothèses et à son maquillage, mais on la reconnaît très facilement. En même temps, quand on connait bien quelqu’un, il est difficile de ne pas reconnaître ses traits même si on tente de les modifier. Mais le vrai problème survient quand on rencontre dans le film Mr. Page, interprété par Janet McTeer. Oui, une autre femme qui joue un homme dans le film. Même si elle sera une très grande alliée d’Albert Nobbs et qu’il/elle l’aidera à se sentir mieux dans sa fausse peau et à se détendre, surtout, c’est probablement le personnage le moins crédible de tout le film. Jamais, ô jamais personne n’aurait pu réussir à me faire dire que Janet McTeer est un homme dans ce film, car bien qu’on lui ait coupé les cheveux courts, ou enfin coiffés de façon masculine, et qu’on l’ait habillée avec des vêtements de travail très masculins, on voit très bien et ce, dès le départ, qu’il s’agit d’une femme. Tellement, qu’on est confus, on se demande si on a bien entendu lorsqu’ils ont dit «Mister» Page. Il faut tout de même souligner le travail des deux actrices, car dans leurs expressions faciales et leur démarche, on retrouve un côté masculin. Mais ça n’est pas suffisant pour être crédible.

Crédit - Roadside Attractions

Certains diront que c’était voulu, qu’il aurait été impossible de faire le contraire : demander à un homme de jouer une femme qui se déguise en homme. Certains prétexteront également qu’il est normal que pour nous ce soit évident, mais que le principal est que dans le film, on voit bien que la duperie est telle que personne ne se doute de rien. Finalement, d’autres iront jusqu’à remettre dans le contexte de l’époque du 19e siècle où il aurait été impossible pour quiconque de modifier son apparence de façon radicale et extrêmement crédible, car il y avait alors très peu de moyens.

Ces hypothèses ont beaucoup de sens et ça aide à passer par-dessus l’idée première qu’on se fait du film, mais de façon générale, je crois qu’il est tout de même difficile de  croire que ces deux femmes qui vivent dans la peau d’hommes n’auraient jamais été reconnues par leur entourage. Un autre point négatif du film, est qu’il n’est pas équilibré. Le début du long-métrage est plutôt lent, on voit des scènes plus ou moins pertinentes où Albert Nobbs ne fait qu’effectuer son travail de majordome et où on découvre les gens qui travaillent avec lui, simplement pour fixer l’ambiance et les personnages, alors que vers la fin, tout se passe très rapidement. Tout d’un coup, Albert Nobbs a un rêve, qu’on ne voit qu’une seule fois, et il se met dans la tête de réaliser ce rêve, sans qu’on comprenne vraiment ses intentions ou ses motivations. Tout ça fait en sorte qu’on a de la difficulté à éprouver de la pitié ou quoi que ce soit pour le personnage, parce que c’est trop flou.

Bref, les deux nominations aux Oscars pour meilleure actrice – Glenn Close – et pour meilleure actrice de soutien – Janet McTeer – sont méritées. Même s’il peut y avoir un problème de casting ou encore de maquillage qui fait en sorte qu’on ne puisse pas reconnaître que ce sont des hommes physiquement, leur manière de bouger, leurs expressions faciales et leurs postures, par exemple, sont justes. À défaut de ressembler réellement à un homme, le jeu des deux actrices est remarquable, ça ne fait pas de doute.

Un film à voir tout de même, ne serait-ce que pour les performances et l’univers particulier du long-métrage surtout.

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