Qui est cet Autre qu’on déteste?

Laurentie (120 minutes, Canada)

Réalisation: Mathieu Denis, Simon Lavoie

Avec: Emmanuel Schwartz, Eugénie Beaudry, Martin Boily, Guillaume Cyr, Jade Hassouné, Simon Gfeller et Erin Agostini.

Louis Després a 28 ans, il habite Montréal, et est technicien audiovisuel. Accro à la porno, il n’arrive pas à entretenir une relation saine et stable avec sa copine, n’a pas beaucoup d’amis, n’a rien en commun avec ses collègues et ne sait pas qui il est ou ce qu’il veut. Il sait juste qu’il n’est pas cet Autre, qui est plus beau, plus populaire, qui réussit mieux, qui est heureux, quoi. Depuis que cet Autre est son voisin de pallier, Louis sombre de plus en plus, vivant un mal-être profond. Il ne se reconnait pas dans ce qu’il appelle les « fils et filles de la Laurentie ».

La Laurentie était le projet de Raymond Barbeau, professeur et militant souverainiste, qui, en 1957, fonde l’Alliance laurentienne, une des premières organisations de mouvement souverainistes. L’Alliance laurentienne avait cette vision d’un Québec libre, qui se serait appelé Laurentie, et où l’amour entre les peuples et les ethnies était au centre de toutes les idéologies.

En voyant Laurentie, film co-scénarisé et co-réalisé par Mathieu Denis et Simon Lavoie, on ressent la haine profonde qu’entretient Louis envers cette patrie qu’il ne reconnait plus et dans laquelle il ne se sent pas à sa place, mais aussi la haine qu’il a de lui et de ses « semblables » qui eux, ne comprennent pas sa détresse.  Avec peu de dialogues et beaucoup de suggestion, c’est à travers les extraits de poèmes de St-Denys Garneau et d’Aquin, notamment, tous tirés du recueil La poésie québécoise, que lit Louis, qu’on comprend son angoisse. Cependant, si on comprend cette angoisse et ce mal-être, on perçoit mal à quel point Louis est ravagé par cette haine de l’Autre, ce qui laisse place à une scène finale suprenante et choquante. Elle est exagéré, certes, mais elle illustre probablement le sentiment de cette génération qui vit avec les promesses brisées de ses parents, des promesses de liberté, d’émancipation et de souveraineté.

Mathieu Denis et Simon Lavoie apportent une réflexion sur l’identité de cette génération qu’on appelle Y, les enfants des baby-boomers, génération qui ne se sent à sa place nulle part, et surtout pas dans cette province qui s’éloigne du destin qu’on lui avait promis. À travers de longs plans séquences – dont celui d’une dizaine de minutes où Louis et ses deux amis sont assis dans la cuisine, à écouter de la musique classique, sans bouger ni parler – les jeunes réalisateurs réussissent à nous faire voir la vie comme Louis la voit, c’est-à-dire sans la comprendre et la sentant constamment avancer sans réussir à s’y accrocher. Cependant, Denis et Lavoie jouent avec le feu avec ce genre de plans et cette réalisation qui peut facilement déplaire, parce que trop abstraite. C’est à la fois une des forces et la principale faiblesse du film. Quand à Emmanuel Schwartz, surtout connu au théâtre – notamment dans les productions de Wajdi Mouawad – il maîtrise parfaitement, voire même trop, ce rôle qualifié de « fucké », du gars instable et angoissé qui ne sait pas comment vivre à 28 ans.

Laurentie, un film à voir pour la réflexion qu’il apporte sur la société dans laquelle nous vivons et la place que nous occupons dans celle-ci.

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