Histoire de famille familière

Crédit - Memento Films International

A Separation (123 minutes, Iran)

Réalisation: Asghar Farhadi

Avec: Peyman Moadi, Leila Hatami, Sareh Bayat et Shahab Hosseini.

A Separation ou Jodaeiye Nader az Simin, en version originale, raconte l’histoire d’un couple bien nanti, Nader et Simin, qui ne s’entend pas sur son avenir et qui décide de se séparer, ce qui créera autour de lui plusieurs bouleversements. Nader, devenu père monoparental, doit trouver le moyen de continuer son travail à la banque tout en s’occupant de son vieux père atteint de l’Alzheimer et de sa fille de 11 ans, Termeh. Il engagera donc une femme, Razieh, pour l’aider. Cependant, il ignore que celle-ci est enceinte et qu’elle n’a pas la permission de son mari, qui est un homme instable psychologiquement, pour travailler. Rapidement, la femme déçoit, elle n’est pas fiable. C’est à la suite d’un conflit sérieux entre Nader et son employée qu’il la fera sortir de chez lui par la force. Mais elle fera par la suite une fausse couche, ce qui sera reproché à Nader : il sera poursuivi pour meurtre. Il s’agit donc une saga judiciaire, une enquête pour découvrir ce qui s’est véritablement passé. En parallèle, les ravages que cette histoire fait sur tous les protagonistes. Bref, des scènes d’une vie familiale complexe qui se complique toujours davantage.

A Separation a bien sûr remporté la statuette du meilleur film en langue étrangère à la 84e cérémonie des Academy Awards, en plus de gagner à Berlin en 2011 deux Ours d’Argent pour le casting, l’un pour l’ensemble de la distribution masculine et l’autre pour la distribution féminine. Il s’agit effectivement de la plus grande force du film : le jeu des acteurs. Ce qui est d’autant plus surprenant, c’est que quelques-uns des personnages principaux jouaient dans ce film leur premier rôle au cinéma. C’est le cas de Sareh Bayat, la femme enceinte qui est à l’origine de tous les problèmes du film. C’est aussi le cas de l’adolescente Termeh, la fille du couple principal, qui s’appelle véritablement Sarina Farhadi et qui est la fille du réalisateur et auteur du film. Finalement, Ali-Asghar Shahbazi, le vieil homme dont doit s’occuper Nader, joue ici dans son premier long-métrage aussi. Sans compter, bien sûr, la petite fille de Razieh et de son mari violent, qui doit avoir 4 ou 5 ans.

Crédit - Sony Pictures Classics

Sinon, le réalisateur est resté dans sa zone de confort, puisque deux des personnages principaux sont joué par des acteurs qui avaient joué précédemment dans un autre de ses films, Darbareye Elly. En effet les acteurs Peyman Maadi, qui joue avec justesse la détresse intérieure de Nader, ainsi que Shahab Hosseini, qui incarne avec une grande intensité l’homme psychologiquement instable, ont joué avec Farhadi en 2009. Pour ce qui est de Simin, la femme qui quitte son mari, elle est interprétée par Leila Hatami, qui elle, est active dans le cinéma depuis 1984 et a été plusieurs fois tête d’affiche. A Separation a donc une distribution autant expérimentée que débutante, mais ce qui est intéressant, c’est que les jeux d’acteurs sont en harmonie. Jamais on ne sent que l’un ne fait pas honneur au talent de son partenaire : tout le monde est remarquable et amène le film à un niveau toujours supérieur. Il y a une intensité dans le jeu des acteurs qui semble naturelle et qui fait en sorte qu’on croit à l’histoire.

D’ailleurs, ce long-métrage est presque documentaire : le réalisateur insiste sur le fait qu’il s’agit d’une fiction, mais il a tellement consulté de juges et d’avocats pour être le plus fidèle possible à la réalité qu’on dirait une analyse du système judiciaire iranien, en même temps qu’une histoire déchirante d’une séparation et du désordre que ça créé. Là-bas, ce n’est pas «innocent jusqu’à preuve du contraire», mais bien «coupable jusqu’à preuve du contraire», et c’est intéressant de voir cette réalité différente de la nôtre sans pousser dans l’extrême et dans les clichés. On a ici un long-métrage qui, bien que son histoire soit entièrement imaginée par Asghar Farhadi, rallie la réalité et la fiction afin qu’elles ne s’opposent pas, afin qu’on puisse réellement y croire. Et ça fonctionne, notamment grâce à l’exploitation d’autres thèmes qui ne sont pas si loin de notre réalité, par exemple la maladie d’Alzheimer ou s’occuper de nos aînés. Il y a aussi toute cette question de la religion versus l’athéisme, des riches contre les pauvres.

Crédit - Sony Pictures Classics

A Separation est donc un film universel et un autre de ses points forts est que l’action n’arrête jamais. On y voit tout ce qui se passe et au fil du procès, on est constamment partagé entre les deux partis, on ignore qui dit vrai. Plusieurs détails d’abord insignifiants prendront par la suite une place importante et perturberont notre jugement et nos impressions. Jusqu’où une simple séparation de couple peut-elle aller? À quel point est-ce que ça peut bouleverser tout autour, avoir un impact sur autant de gens? Farhadi signe une réalisation très efficace, laissant son spectateur en haleine jusqu’à la toute fin.

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