Pourquoi j’ai préféré Monsieur Lazhar à A Separation

« C’est sûr que Monsieur Lazhar gagnera jamais! » Combien de fois avons-nous entendu cette phrase dans les dernières semaines?

Je l’ai moi-même dite à quelques reprises. Mais j’ai l’impression que trop souvent, elle sonnait comme une excuse au fait qu’en effet, le film québécois n’avait aucune chance aux Oscar contre l’iranien A Separation. Ce n’est pas parce que c’est meilleur ou plus touchant (oui, dirons plusieurs, c’est pour cela). C’est parce qu’il y avait un énorme buzz autour de A Separation, et ce, depuis plusieurs mois déjà. Il avait notamment remporté des prix à la berlinale en 2011. 

Autant les Québécois peuvent être divisés sur plusieurs sujets, autant quand vient le temps de récolter des honneurs à l’international, nous nous tenons. Et comme on ne veut pas perdre la face et que nous ne sommes pas du genre à prendre trop de place, nous répétons en boucle que nous ne gagnerons pas. Pour ne pas être déçus, sans doute. Mais l’espoir est toujours un peu là, non? Moi je l’avais en tout cas. Moins que pour Incendies, en 2011, probablement. Monsieur Lazhar ne pouvait pas, en effet, être comparé à A Separation. Comme il ne peut pas être comparé à Incendies.

Ma collègue Alice a adoré A Separation, qui l’a beaucoup plus touchée que Monsieur Lazhar. Pour moi, c’est tout le contraire. Le film de Philippe Falardeau, film délicat, sans prétention m’a énormément émue. La bande-annonce à elle seule suffit à me faire avoir les larmes aux yeux. Je ne sais pas exactement pourquoi, et en même temps je m’en doute. Certaines répliques, quelques faits en particulier, dont celui, probablement, que j’ai moi-même été touchée par quelques professeurs dans ma vie et que je considère qu’un bon professeur, quand il sait parler à ses élèves, et qu’il sait établir un contact avec eux, peut changer leur vie. Au contraire, malgré ses thèmes touchants, j’ai trouvé A Separation beaucoup trop long, et beaucoup trop répétitif. J’ai décroché.

Mais A Separation est un film beaucoup plus audacieux. Parler de divorce et de femmes indépendantes dans une culture aussi restrictive que la culture iranienne? Wow. Tout un thème, en effet. Mais les deux films sont incomparables au fond. Ils abordent tous les deux des thèmes très universels (la guerre, le divorce, l’éducation, l’enfance, la peur, la tristesse, etc.) mais de façon tellement différente. Monsieur Lazhar, tout en délicatesse, abordant au passage des réalités très québécoises, et A Separation de façon plus internationale, en montrant les réalités locales comme dans un documentaire, ou presque. Philippe Falardeau avait un point de vue très québécois, alors que Asghar Farhadi a montré deux réalités très différentes, soit l’iranienne typique dans tout ce qu’il y a de plus traditionnel (la femme soumise, la domination du père et du mari, la religion omniprésente) et celle un peu plus nord-américanisée (le divorce, les femmes à peine voilées, l’indépendance de la femme). Ainsi, l’iranien rejoignait beaucoup plus de monde.

Bref oui, A Separation méritait les honneurs. Non, Monsieur Lazhar n’était pas au niveau. Mais peut-on arrêter de dire que ce n’est pas touchant?

Que c’est vraiment moins bon qu’Incendies? Je sais bien que tout est une question de point de vue et d’intérêt. En effet, on peut difficilement comparer les problèmes d’adaptation de Bashir Lazhar aux bombes et à la guerre qui a brisé la vie de Nawal Marwann. Mais c’est aussi le but du cinéma, non? Les bulletins de nouvelles regorgent d’histoires comme celle écrite à la base par Wajdi Mouawad, dans laquelle il n’y a pas grand-chose de positif. Il manque d’histoires comme celle imaginée par Evelyne de la Chenelière, dans lesquelles malgré des débuts difficiles (Bashir Lazhar a fui la guerre qui a détruit son pays et sa famille. Son histoire pourrait être la face b d’Incendies), on trouve toujours un peu de joie. C’est là qu’entre en compte le cinéma, qui est là oui pour informer, mais surtout pour divertir. Et quand j’entre dans une salle de cinéma, j’oublie les guerres, les divorces et la justice défaillante de certains pays, et je me laisse attendrir par des enfants qui tombent peu à peu amoureux de leur nouveau professeur.

Vous avez le droit ne pas avoir aimé Monsieur Lazhar, ou d’avoir préféré tel ou tel autre film. Ce n’est pas mon film préféré non plus. Mais arrêtons de le comparer à ce qu’il n’est pas, et apprécions-le pour ce qu’il est.

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