Bully ou l’inconscience américaine

Bully (90 minutes, États-Unis)

Réalisation: Lee Hirsch

En salles dès le 13 avril

Dans BULLY, le réalisateur Lee Hirsch, qui fut lui-même victime d’intimidation, entre dans le quotidien de cinq familles de victimes, dont deux d’entre elles se sont suicidées. Pendant toute une année scolaire, on suit Alex, 12 ans, de Sioux City, Iowa ; Kelby, 16 ans, de Tuttle, Oklahoma ; Ja’Meya, 14 ans, de Yazoo County au Mississippi, ainsi que les parents de Tyler Long, qui s’est suicidé à 17 ans, et ceux de Ty Smalley, qui lui, n’avait que 11 ans. 

Pendant une heure et demi, on nous montre les témoignages des victimes et de leurs familles, ainsi que les difficultés auxquelles celles-ci font face en tentant d’aider leurs enfants. En effet, on comprend assez rapidement que la directrice de l’école d’Alex, par exemple, est très peu réceptive à la demande des parents de faire quelque chose. Pour Alex, l’intimidation commence bien avant l’école, soit dans l’autobus scolaire, où il se fait constamment agresser par les autres enfants. D’ailleurs, ceux-ci n’hésitent pas, même devant une caméra. Cependant, les parents d’Alex, comme ceux de Tyler, se sont vite rendus compte d’une chose. Pour les autorités scolaires, l’argument « kids being kids » est le plus important de tous. Généralement, ils laissent faire, ou interviennent peu, sous prétexte que tous les enfants jouent entre eux et que cela n’est pas de l’intimidation pour autant.

Si Alex lui-même tente de rassurer ses parents en disant que les autres ne font que jouer, Ja’Meya, excédée a fini par subtiliser le revolver que sa mère gardait à la maison, afin de l’apporter dans l’autobus scolaire. Son but n’était pas de blesser qui que ce soit, mais simplement d’effrayer. Suite à cet évènement, elle a été détenue dans un centre jeunesse et a été hospitalisée.

Kelby quant à elle, subit de l’intimidation et du rejet depuis qu’elle a avoué son homosexualité. Soutenue par ses parents, sa copine et plusieurs très bons amis, elle est tout de même la victime d’autres élèves et de leurs familles, de professeurs et de voisins, par exemple. Elle a même été obligée de quitter les équipes sportives desquelles elle faisait partie. Malgré tout, elle a refusé la proposition de ses parents de quitter la petite ville où elle habite (Tuttle, Oklahoma, 6000 habitants) pour une plus grande, où elle pourrait passer plus inaperçue. Elle ne veut pas que ses intimidateurs gagnent contre elle.

Quant à Ty et Tyler, ils ont commis le geste ultime, alors qu’ils avaient atteint ce qu’ils considéraient comme étant le summum de la soufrance. Ty, enfant unique, n’avait que 11 ans. Tyler, aîné de sa famille, avait 17 ans. Son père et son petit frère l’ont trouvé pendu dans le garde-robe de sa chambre. Ses parents ont même organisé une rencontre avec les policiers, des parents et des étudiants des différentes écoles de la ville, afin de faire le point sur le problème d’intimidation. Les directeurs et professeurs étaient invités, mais personne ne s’est présenté, ce qui en dit long sur leur vision du problème.

Pourtant, 13 millions d’enfants sont intimidés chaque jour aux Etats-Unis. Avec internet et les réseaux sociaux, le problème devient de plus en plus difficile à gérer, puisque l’intimidation ne se fait plus seulement entre les murs de l’école pendant la journée, mais se poursuit virtuellement le soir et les fins de semaine.

Loin d’être parfait et d’apporter de réelles solutions, BULLY nous ouvre les yeux sur la difficulté d’obtenir de l’aide. Cependant, les enfants montrés dans le documentaires ne viennent que de petites villes du centre des Etats-Unis. La réalité est certainement différente dans les grandes villes et c’est dommage que le réalisateur ne montre pas ce point de vue.

Au final, BULLY ne touche pas particulièrement et n’apprend pas grand-chose. Il ne sensibilisera probablement pas les bornés, qui, comme la directrice de l’école d’Alex, pensent que l’intimidation n’existe pas et que les enfants ne font que jouer. Ça vaut tout de même la peine de présenter ce documentaire dans les écoles, parce que c’est là qu’il trouvera peut-être son pulic cible, en atteignant quelques élèves ou professeurs. Malheureusement, pour la population qui n’a pas d’enfants, et qui ne fréquente pas les écoles, le rôle à jouer est mince.

(Émission du 4 avril 2012 pour critique complète et table ronde de l’équipe)

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