Honte à l’Académie

Shame (101 minutes, Grande-Bretagne)

Réalisation: Steve McQueen

Avec: Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale

Michael Fassbender, qui a pourtant eu une année 2011 plutôt chargée, n’a pas été nommé aux derniers Oscar pour son rôle dans Shame. Si ses chances étaient minces face à Jean Dujardin et Georges Clooney, plusieurs ont tout de même dénoncé cet « oubli ». Était-ce vraiment un oubli par contre? Ou la très puriste Académie aurait plutôt été choquée par les propos du film de l’artiste et réalisateur britannique Steve McQueen?

« Choquée » est peut-être un mot fort. Mais pour l’Académie, visiblement, il n’était pas question de mette en valeur un film présentant autant de scènes intimes, crues, et parfois, carrément dégradantes. Fassbender joue Brandon, un trentenaire, à qui tout réussit, du moins en apparences. Mais sous sa carapace de jeune professionnel new-yorkais, célibataire et plutôt mystérieux, se cache une profonde addiction au sexe, plus particulièrement à la pornographie.

Bien entendu, personne parmi ses très peu nombreuses fréquentations ne soupçonne un tel problème.  Et probablement que Brandon non plus ne se rend pas compte de la gravité de sa dépendance. Mais l’arrivée à l’improviste de sa soeur Sissy (Mulligan), une jeune chanteuse psychologiquement instable et même plutôt dépressive, finira par lui ouvrir les yeux.

Si la dépendance affective de Sissy se voit dès les premières secondes, celle de Brandon, beaucoup plus profonde, nous frappe vers la fin du film, alors que lui-même se rend compte de son problème. Le spectateur prend conscience de la solitude et du manque d’amour du personnage à mesure que l’histoire avance.

Michael Fassbender joue ce profond mal-être avec une retenue et une subtilité déconcertante. Son jeu, plus que l’histoire somme toute assez banale (remplaçons le sexe par de la drogue: déjà vu!), fait la force du film. Il est la beauté et la tristesse du film.  La douleur et le manque de Brandon sont presque palpables, alors que lui-même semble être insaisissable. Les scènes finales, quoique prévisibles, contribuent à nous faire ressentir ce malaise jusqu’à la fin, tout comme la réalisation, plutôt intimiste, qui sert magnifiquement bien le propos du film, le rendant encore plus bouleversant. Le spectateur, grâce aux plans, aux images et à la musique choisis par McQueen, semble entrer véritablement dans l’univers du personnage.

Vraiment, Shame aurait dû être nommé aux Oscar. Son interprète principal l’a été aux Golden Globes quelques semaines plus tôt, mais la statuette lui a échappé face à George Clooney. Et si je me suis réjouie de la victoire de Clooney sur le coup, c’est simplement parce que je n’avais pas encore vu Shame, parce que vraiment, Fassbender méritait ce prix.

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