The Lady

Crédit - EuropaCorp

THE LADY ( Co-Production France et Grande-Bretagne, 132 minutes)

Avec: Michelle Yeoh, David Thewlis, Jonathan Raggett, Jonathan Woodhouse et Benedict Wong.

Réalisation: Luc Besson

Rangoon, 1947, le général birman Aung San est assassiné, laissant derrière lui sa jeune fille, Aung San Suu Kyi. Birmanie, 1962, coup d’état durant lequel une junte militaire prend le pouvoir du pays. Oxford, 1988, Suu vit paisiblement en couple avec le professeur Michael Aris, avec qui elle a eu deux enfants ayant la double nationalité birmane et britannique : Kim et Alexander. Michael et sa femme sont touchés par les massacres étudiants perpétrés dans le pays d’origine de Suu, alors que cette-dernière reçoit un appel : sa mère est à l’hôpital général de Rangoon, mourante. Aung San Suu Kyi n’a d’autre choix que de fouler à nouveau le sol birman, mais ce sera pour beaucoup plus longtemps qu’elle ne le croyait. Jusqu’en 2007, on suivra cette défenderesse de la démocratie, des droits humains et de la paix à travers sa lutte et sa détention, tout en suivant son espoir, sa ténacité et son amour. Son amour du peuple, du pays, mais aussi celui de son mari, Michael Aris, de qui elle fût séparée si longtemps. Trop longtemps.

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Si Luc Besson habituellement nous essouffle avec des films à l’action interminable, le réalisateur, producteur et scénariste français signe ici un film tout en finesse. Un long-métrage tellement doux qu’on se demande si Besson a vu en Aung San Suu Kyi la même ferveur, les mêmes ambitions politiques et la même détermination que nous. C’est que plutôt de se concentrer sur les efforts politiques de l’icône birmane pour apporter le droit de vote aux citoyens de son pays et ainsi déloger la dictature en place, Luc Besson a fait le choix de focaliser sa biographie cinématographique d’Aung San

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Suu Kyi sur sa vie amoureuse. Le couple particulier qu’elle formait avec Michael Aris, professeur d’histoire britannique, est l’angle choisi, le fil conducteur qui relie les différentes périodes importantes dans la vie de la leader de la ligue nationale pour la démocratie. Cette relation sert bien au film, car elle permet de montrer à ceux qui connaitraient moins l’histoire d’Aung San Suu Kyi de voir des côtés plutôt inconnus de son histoire, en plus de permettre des sauts dans le temps. Mais il fait aussi en sorte que The Lady devienne davantage une histoire d’amour déchirante entre deux âmes sœurs séparées que le récit d’un combat politique acharné. C’est dommage, car ça diminue l’importance du combat que mènent la Dame et le peuple birman, en plus de faire en sorte qu’on ne met pas toujours l’accent sur des éléments importants de la lutte.

S’il a choisi de plutôt faire revivre à l’écran le côté serein, charmeur et pacifique de cette résistante politique, laissant de côté les péripéties captivantes et les personnages extravagants qu’on lui connaît depuis Nikita (1990) et Le cinquième élément(1997), Besson n’a en revanche pas laissé tomber l’autre dimension qui le caractérise : ses images choc. Le paysage de la Thaïlande, lieu de tournage principal de The Lady, est absolument splendide, mais ce sont également beaucoup de scènes très fortes qui nous restent en tête après le visionnement. Un citoyen qui tient dans sa main un bras auquel aucun corps n’est plus lié, car son propriétaire vient de marcher sur une mine.

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Un jeune étudiant qui se fait tirer à bout portant par un officier qui scande haut et fort «je porte le foulard rouge, j’ai le droit de vous tuer». La panique sur le visage d’Aung San Suu Kyi lorsque son courant est coupé, lui empêchant d’écouter à la radio le discours de son fils acceptant le prix Nobel de la paix en son nom. La misère, la maladie et la tristesse sur le visage de Michael Aris alors qu’on lui refuse pour une troisième, une quatrième fois un visa pour revoir sa douce avant de mourir. La joie et la sérénité des différents peuples birmans, comme les femmes girafe, lorsqu’il leur est donné la possibilité de rencontrer l’inspirante Dame. Bref, le travail du cinéaste est soigné et réussit à bien capter les émotions pures, autant que les panoramas asiatiques grandioses.

Ce qui est juste et pur, aussi, ce sont les jeux d’acteur. Michelle Yeoh, habituellement entraînée à nous en mettre plein la vue avec ses arts martiaux, est allée chercher en elle la force qui l’habite pour la convertir en émotions. Puisque la ressemblance avec Suu Kyi n’était pas frappante dès le départ, vues leurs origines différentes, il fallait au moins que Yeoh prouve son talent d’actrice, malgré le réussi Memoirs of a Geisha qu’elle avait rendu en 2005. C’est pari réussi pour l’actrice d’origine malaysienne, qui livre sans doute la performance de sa carrière, en incarnant cette légende vivante. Mais celui qui étonne le plus, c’est le britannique David Thewlis. Celui dont j’avais parlé en octobre dernier comme étant un éternel second rôle se démarque de façon brillante en

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incarnant le mari esseulé et inquiet d’Aung San Suu Kyi. Partageant la vedette de The Lady avec ladite Dame, il est d’abord méconnaissable, il devient touchant, puis il termine en étant stupéfiant. C’est avec un réel plaisir qu’on découvre l’interprète du professeur Remus Lupin, dans la saga Harry Potter, sous un tout autre jour : vulnérable, malade mais toujours déterminé à épauler sa bien-aimée, à lui permettre d’aller jusqu’au bout de ses ambitions, malgré la distance entre eux, malgré la douleur qui s’installe dans son cœur autant que dans son corps.

Michael Aris mourra d’un cancer de la prostate le jour de son 53e anniversaire, en 1999, mais Aung San Suu Kyi fait, encore aujourd’hui, en sorte que ses efforts pour la protéger durant sa détention, que ses encouragements à répétition et que ses inquiétudes qui l’ont rongé toutes ses années ne furent pas vaines. Elle continue son travail en Birmanie, avec un acharnement dont elle peut être fière et dont aurait dû s’inspirer davantage Luc Besson pour réaliser son film.

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