Le film d’une visionnaire

(Critique du film Liverpool, tel que parue originalement sur La bible urbaine)

Liverpool (2012, 113 minutes, Canada)

Scénario et réalisation: Manon Briand

Avec: Stéphanie Lapointe, Charles-Alexandre Dubé, Louis Morissette

Manifestations monstres organisées en quelques heures via les réseaux sociaux, soulèvements populaires, slogans et pancartes démontrant toute la créativité de ce peuple qui se mobilise, rues et port de Montréal congestionnés… Malgré ce qu’on peut croire, non, Manon Briand ne s’est pas inspirée des récents évènements qu’a connus le Québec pour écrire son nouveau film.

«J’ai inventé l’histoire en me disant qu’au Québec, on est dans une forme d’apathie, que ça ne se passerait pas un soulèvement pour le sujet que j’ai dans le film, les gens sont prêts à se mobiliser pour faire des flash-mobs, mais ils ne se lèveraient jamais pour des grandes causes. Mais par un curieux concours de circonstances, le jour où on a tourné notre manifestation, c’est le jour où a débarqué Occupy Montréal, au même endroit. On était littéralement flabergastés», explique Manon Briand, en y croyant toujours pas. Louis Morissette, l’un des acteurs de Liverpool abonde dans le même sens. Il juge que le climat social et politique actuel va aider le film. À ceux qui se demandent si tout ce qui est présenté dans le film est réaliste, il répond: «Ça se peut de faire descendre les gens dans la rue avec un message via les réseaux sociaux, et pas juste en Libye. Au Québec aussi, et on l’a vécu». C’est ce que soulignent également Stéphanie Lapointe et Charles-Alexandre Dubé, les interprètes des deux rôles principaux. Les manifestations étudiantes de 2012 ajoutent une touche de réalisme à une histoire qui pouvait paraitre un peu utopique.

Mais la manifestation et le soulèvement populaire dans Liverpool ne sont pas du tout au centre de l’histoire. Dans ce premier film depuis La turbulence des fluides, en 2002, Manon Briand voulait explorer l’univers d’une jeune fille responsable du vestiaire dans un chic bar de Montréal, une personne un peu en retrait des autres, mais tout de même témoin de tout ce qui se passe. À cela, elle ajoute le désir de parler des réseaux sociaux et de la façon dont ceux-ci ont changé notre vie, pour le meilleur et pour le pire. «Et tout ça amalgamé avec une envie d’avoir du fun et de faire jouer la chanson Liverpool le plus souvent possible dans un film!», ajoute-t-elle en riant.

On suit donc l’histoire d’Émilie, jeune fille timide mais téméraire, animée par un vif besoin d’aider les autres, qui décide de retrouver la cliente qui a fait une overdose au bar Liverpool, dans le but de lui remettre son manteau. Dans la poche de celui-ci, elle trouve une carte d’hôtel, et rapidement, elle se retrouve impliquée bien malgré elle dans une histoire plutôt louche. Elle y entraine Thomas, un client timide, aspirant-journaliste, crack des réseaux sociaux et surtout, secrètement très amoureux d’elle.

Si les scènes finales sont maintenant considérées comme réalistes, le reste de l’histoire l’est beaucoup moins. Quand Manon Briand parle de son film, elle parle de plusieurs thèmes qu’elle souhaitait explorer avant de parler de l’histoire qu’elle a écrite. Et c’est justement le problème. Le fil est trop mince pour relier entre eux tous ces sujets et on a du mal à y croire. Heureusement, la fin, même un peu clichée, vient compenser pour certaines faiblesses du film.

Charles-Alexandre Dubé semble être un jeune acteur assez prometteur, même si le rôle de Thomas, plutôt réservé, ne nous permet pas d’évaluer complètement son talent. Quant à Stéphanie Lapointe, elle interprète une Émilie correcte dans l’ensemble, mais pas toujours crédible lors de moments de plus grande intensité. Mention spéciale à Louis Morissette, très juste, et à Giovanni Appolo, chef et homme d’affaires plutôt qu’acteur, qui s’en sort très bien dans le caméo que lui a réservé la réalisatrice. Et quelle bonne idée de faire revivre la chanson Liverpool de Renée Martel. Soyez prêt car cet air vous restera dans la tête pendant plusieurs heures!

 

Critique complète et extraits d’entrevues dans l’émission du 6 août 2012

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