Les étudiants en grève au cinéma

J’ai été inspirée par les évènements du printemps dernier et ça m’a amenée à m’intéresser aux grèves étudiantes au cinéma. Des grèves en général on en a vues plusieurs, dans les films d’ici, comme d’ailleurs. On peut penser à La grève, d’Eisenstein en 1925, Germinal, de Claude Berri, inspiré du roman d’Émile Zola ou encore On est au coton, de Denys Arcand en 1976. Mais je voulais vraiment parler des révoltes et des grèves mettant en cause directement des étudiants.

Évidemment, même si les premières grèves étudiantes remontent à plus loin que ça, Mai 68 en France est considéré comme l’évènement déclencheur de bien des choses. Parmi les films qui reviennent sur ces évènements, il y a trois types : les documentaires qui font un portrait de la réalité, les fictions dont c’est le centre de l’histoire et les fictions dont les évènements ne sont que la toile de fond.Dans Les Amants réguliers (2005), Philippe Garrel met en scène un jeune homme de 20 ans (l’âge du réalisateur en mai 1968), étudiant et un peu poète, qui descend dans la rue avec ses amis, s’amuse à narguer la police et rêve d’une reconstitution de 1789. Les manifestations et la grève sont au centre de l’histoire.

Louis Garrel, qui tient le rôle-titre dans le film de son père, joue également dans le film franco-britannico-italien Innocents – The Dreamers (2004), de Bernardo Bertolucci. Garrel interprète un jeune homme qui se retrouve impliqué dans un triangle amoureux malsain avec sa sœur jumelle et un ami qu’ils se font à la Cinémathèque française, pendant que la grève générale paralyse Paris.

Dans Nés en 68, d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau (2008), on suit comment la vie de trois amis impliqués dans un triangle amoureux a changé suite aux manifestations auxquelles ils ont pris part à la fin des années 60. Leurs idéologies ont changé, tout comme la vie de leurs enfants, qui connaîtront l’apparition du sida, le scandale du sang contaminé et la chute du mur de Berlin avant de se conclure sur l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007.

Au Québec, il y a L’histoire des trois, de Jean-Claude Labrecque (1990), un documentaire sur le voyage Montréal-Québec entrepris par trois étudiants en 1958. Francine Laurendeau, Jean-Pierre Goyer et Bruno Meloche avaient été mandatés par leur association étudiante pour aller rencontrer le Premier ministre de l’époque, Maurice Duplessis, et lui remettre un mémoire sur l’accession à l’université. Il y a plus de 50 ans, ce sujet faisait déjà beaucoup jaser. Duplessis a refusé de recevoir les étudiants et, pendant trois mois, tous les matins, ils sont poliment allés frapper à sa porte. Un peu plus de 30 ans plus tard, le cinéaste Jean-Claude Labrecque revient sur cette mission qu’ils avaient.

Il y a également L’acadie l’acadie ?!?, de Michel Brault et Pierre Perreault. Par hasard, alors qu’ils sont à Winnipeg pour le tournage d’un autre film, Perreault et Brault rencontrent des étudiants acadiens qui les informent de la tenue prochaine d’une manifestation à Moncton, au Nouveau-Brunswick, pour réclamer plus de services francophones. Brault et Perreault se rendent sur place et filment quelques étudiants qui se rendent à la résidence du maire Leonard Jones pour y déposer une tête de cochon. Ils retournent à Moncton au cours de l’été suivant pour suivre le quotidien des étudiants acadiens, puis à l’automne parce que le mouvement s’était radicalisé, notamment par l’occupation du pavillon des sciences de l’Université de Moncton. Ici, les revendications n’étaient pas les mêmes, mais les moyens se ressemblaient.

Il y a aussi le film Le Banquet, de Sébastien Rose, qui s’inspire librement de certains évènements qui auraient déclenché la grève de 2005. Ce n’est pas un film excellent, il contient de nombreuses faiblesses, mais son réalisme quatre ans après sa sortie, est saisissant. Quand on dit que la réalité dépasse la fiction, c’est exactement ça. Le film de Sébastien Rose est sorti en 2008, à quelques jours de la rentrée des classes dans les universités. À l’époque, David Paradis, le président de la FEUQ, à qui on avait demandé l’avis sur ce film qui dépeint les associations étudiantes comme des groupes d’extrémistes qui ont des revendications irréalistes avait dit que pour qu’une fiction soit bonne, il fallait qu’elle soit loin de la réalité. Il considérait que Le banquet était une excellente fiction! Je peux difficilement dire si les évènements de 2005 ressemblaient beaucoup à ceux de 2012, mais j’aurais tendance à dire que non. Ils n’étaient certainement pas aussi radicaux. Je ne pense pas que Sébastien Rose ait prévu à quel point son film était prémonitoire. D’ailleurs, dans une capsule du Tapis rose de Catherine, à l’occasion de la sortie du film, il se confie sur le sujet, disant que ça faisait dix ans qu’on parlait de santé au Québec et que l’éducation serait le prochain gros enjeux.

On peut dire qu’il a visé assez juste, mais il y a encore d’autres ressemblances entre son film et la réalité. Le film se déroule dans une université montréalaise qu’on ne nomme pas, mais dont on reconnaît très facilement les murs bruns et les vitres colorées du pavillon des sciences. Cette université est en train de faire faillite notamment parce que le recteur se lance dans des projets d’expansion du campus qui coûtent des millions de dollars, tout en réclamant une hausse des frais de scolarité, ce que dénoncent les étudiants. Les deux leaders étudiants, propulsé à l’avant-scène sont de tous les plateaux de téléjournaux et d’émissions d’affaire publiques. Ils semblent unis, mais veulent des choses différentes : le premier souhaite à tout prix éviter la grève qui mènera à une crise sociale alors que le deuxième encourage la population à descendre dans la rue. Ils sont déchirés entre ce conflit rendu trop lourd à porter sur leurs épaules et leurs intérêts personnels. Lors des manifestations, notamment celle en marge du banquet tenu en l’honneur du recteur, la police est partout, poivre et matraques à la main. Des bombes lacrymogènes sont lancées pour disperser la foule, les slogans scandés par les militants aux carrés rouge nous donnent des impressions de déjà-vus. On pourrait continuer. Je vous réfère au blogue La Jetée, sur lequel l’auteur, Georges Privet, fait une très bonne analyse du film.

Et pour conclure, quelques suggestions en vrac (on est loin d’avoir fait le tour, ceci n’est qu’un survol) : La Chinoise, de Jean-Luc Godard (1967), considéré comme le film précurseur au soulèvement de mai 68, parce qu’il présente cinq jeunes qui tentent de faire triompher les idées en France et qui vivent entre eux en tentant de respecter les principes énoncés par Mao.

Ensuite, beaucoup plus léger, The Trotsky de Jacob Tierney, dans lequel un étudiant qui se prend pour la réincarnation de Trotsky et se désole du manque d’intérêt des autres étudiants. Il s’inspire du passé pour assurer un futur meilleur à ses comparses et essaie de les réveiller en leur faisant réaliser que même en tant qu’étudiants, ils ont des droits qui devraient être respectés par les autorités scolaires.

Et finalement, Insurgences, qui a été présenté au FNC, mais qui sera certainement montré ailleurs éventuellement. Il s’agit du premier documentaire sur les évènements québécois de 2012.

Pour avoir des films de fiction qui seront inspirés du printemps québécois 2012, il va falloir attendre encore quelques années je pense.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s