Lettre à Vincent Guzzo

guzzoMonsieur Guzzo,

Je dois être au moins la millième à répondre à vos propos. Aujourd’hui, j’ai dit dans mon émission de radio que je ne comprenais pas pourquoi vous aviez encore une tribune pour vous exprimer et dire de telles énormités. J’y suis allée un peu fort quand même. Vous avez le droit de vous exprimer. C’est juste que je ne comprends pas, comment, en tant qu’exploitant de salles de cinéma, vous pouvez dire de telles énormités sur le cinéma et principalement sur le cinéma québécois. Lire la suite

Les Misérables: Quand trop c’est comme pas assez

les mizAu début des années 1980, Claude-Michel Schönberg crée une comédie musicale inspirée de l’œuvre de Victor Hugo. Cinq ans plus tard, Cameron Makintosh l’adapte pour le public anglophone. Elle est jouée en permanence à Londres depuis 1985, ce qui lui a valu le record de longévité pour une pièce de ce genre en 2006. Depuis, Makintosh l’a adaptée ailleurs dans le monde, notamment à Montréal au début des années 1990, avant qu’elle soit mise en scène de nouveau, cette fois par Frédéric Dubois, dans le cadre des festivités du 400e anniversaire de Québec en 2008. Lire la suite

Les étudiants en grève au cinéma

J’ai été inspirée par les évènements du printemps dernier et ça m’a amenée à m’intéresser aux grèves étudiantes au cinéma. Des grèves en général on en a vues plusieurs, dans les films d’ici, comme d’ailleurs. On peut penser à La grève, d’Eisenstein en 1925, Germinal, de Claude Berri, inspiré du roman d’Émile Zola ou encore On est au coton, de Denys Arcand en 1976. Mais je voulais vraiment parler des révoltes et des grèves mettant en cause directement des étudiants.

Évidemment, même si les premières grèves étudiantes remontent à plus loin que ça, Mai 68 en France est considéré comme l’évènement déclencheur de bien des choses. Parmi les films qui reviennent sur ces évènements, il y a trois types : les documentaires qui font un portrait de la réalité, les fictions dont c’est le centre de l’histoire et les fictions dont les évènements ne sont que la toile de fond. Lire la suite

Sorties de la semaine

Vendredi, Noémie et moi vous parlerons du plus récent documentaire d’Hugo Latulippe, Alphée des étoiles. Alphée, la fille du cinéaste et de Laure Waridel, est atteinte d’une maladie très rare qui retarde son développement musculaire et neurologique. Alors qu’elle est en âge d’entrer à l’école, ses parents décident plutôt de s’exiler dans les Alpes suisses pour un an et ainsi la laisser évoluer à son propre rythme. Tout au long de cette année, Hugo Latulippe a filmé les progrès de sa fille, mais aussi ses moments de symbiose avec la nature et ses relations avec les autres enfants.

 

Anne Michèle critiquera L’amour dure trois ans, le premier (et meilleur) film de Frédéric Beigbeder. Premier roman de l’auteur, écrit suite à un douloureux divorce, il met en scène Marc Maronnier, alter ego de Beigbeder. Critique littéraire le jour, chronique nocturne le soir, il est maintenant convaincu que l’amour ne dure que trois ans. Il se lance dans l’écriture d’un livre à ce sujet, criant qu’il ne croit plus à l’amour. Ironiquement, c’est au même moment qu’il tombe amoureux d’Alice, la femme d’un de ses cousins.

 

Et Alice a vu le premier film de Brandon Cronenberg, fils de David. Antiviral est un film de science-fiction dans lequel un homme fait de l’argent en infectant des fans avec des maladies contractées par leurs idoles. On a hâte d’en savoir plus!

Rebelle sélectionné

À la surprise générale (en tout cas, à MA surprise générale) ce sera Rebelle, de Kim Nguyen, qui représentera le Canada dans la course aux Oscars. Laurence Anyways, de Xavier Dolan et Inch’Allah, d’Anaïs Barbeau-Lavalette étaient pourtant les favoris.

Même si Laurence Anyways n’a pas enregistré beaucoup d’entrées en salles à sa sortie au début de l’été, il vient d’être récompensé du prix du jury au Festival de Toronto. Habituellement, ce prix est une bonne indication de la sélection de Téléfilm Canada.

Quant à Inch’Allah, le fait que Luc Déry et Kim McGraw en soient les producteurs laissait supposer qu’il serait sélectionné. Les producteurs de micro_scope, étaient également derrière Incendies, de Denis Villeneuve et Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau, deux films qui se sont rendus aux Oscars en 2011 et 2012.

La 85e cérémonie des Oscars aura lieu le 24 février 2013, mais la liste officielle des films en nomination sera dévoilée le 15 janvier. Rebelle sera de retour sur les écrans dès le 28 septembre.

Camion

Camion (2012, 113 minutes, Canada)

Scénario et réalisation: Rafaël Ouellet

Avec: Julien Poulin, Patrice Dubois, Stéphane Breton

Pour son quatrième film (après Le cèdre penché, Derrière-moi et New Denmark), Rafaël Oullet est allé chercher le comédien Julien Poulin pour incarner le rôle principal. C’est après l’avoir vu dans la série Minuit, le soir, réalisée par son ami Podz, qu’il a eu un coup de coeur pour l’acteur.

Poulin incarne donc Germain, un camionneur d’expérience à l’aube de la retraite, impliqué dans un grave accident de la route. Vivant avec la mort d’une femme sur la conscience, même s’il n’en est pas responsable, Germain sombre peu à peu dans une profonde dépression. Il appelle à l’aide son fils Samuel (Dubois), concierge à Montréal. Celui-ci décide d’aller chercher son frère Alain (Breton) au Nouveau-Brunswick afin de le ramener à la maison familiale pour apporter un peu de soutien à leur père.

Si l’histoire aborde plusieurs thèmes déjà amplement exploités au cinéma, Rafaël Ouellet le fait d’une façon très personnelle. En effet, même s’il tient à spécifier que l’histoire n’est pas autobiographique, elle fait tout de même partie de lui. Le père de Rafaël Ouellet était camionneur et a déjà vécu cette dépression post-accident (même si les conséquences n’étaient pas les mêmes!). Il vient également d’un petit village (Dégelis, dans le Témiscouata) où la vie n’est pas toujours facile. À l’origine, le film devait même être un documentaire sur les derniers jours de M. Ouellet comme camionneur. Peu à peu, le projet a évolué vers une fiction.

Rafaël Ouellet dit s’être inspiré de ce qu’il connait pour écrire son film. Choix logique. C’est  une méthode plus qu’utilisée au cinéma québécois, mais généralement très efficace. Cela donne une couleur très personnelle au film. Dans le cas de Camion, c’est une couleur à la fois grise et triste mais aussi très lumineuse. S’il a des caractéristiques communes avec Le vendeur, de Sébastien Pilote, Camion finit tout de même sur une note un peu plus positive.

Il y a quelque chose de très fort qui ressort du fait qu’un père et ses deux fils soient les personnages principaux de cette histoire. Germain dit ne pas avoir élevé ses fils, puisqu’en tant que camionneur, il était souvent absent. Pourtant, il se rend compte que ses fils sont exactement comme lui. Toute cette histoire atteint son paroxysme lors d’une très touchante scène de chasse à la fin du film.

Camion est un film sur le rassemblement. Avec la crise sociale que vit actuellement le Québec, Rafaël Ouellet dit que les gens s’isolent chacun dans leur coin. Les opinions sont polarisées. Mais son film appelle à la réunion, parce que c’est ensemble qu’on est plus forts.

Camion, qui a déjà séduit le Jury oeucuménique du Festival de Karlovy Vary, et qui a également remporté le prix de la mise en scène au même Festival, ne laissera pas indifférent, et promet de tout rafler les prix dans les festivals où il passera.

Mention spéciale à la musique, superbement bien choisie par les acteurs Viviane Audet et Robin-Joël Cool, amis du réalisateur.

Pour écouter la critique complète: émission du 13 août 2012