La Run: courrez le louer

Crédit photo – K-Films Amérique

La Run (2011, 104 minutes, Québec)

Avec: Jason Roy-Léveillée, Pierre-Luc Brillant, Nicolas Canuel, Marc Beaupré, Nanette Workman et Martin Dubreuil.

Réalisation: Demian Fuica

Scénario: Demian et Léonardo Fuica, Martin Poirier

Inspiré par l’histoire vraie d’un jeune homme de bonne famille, étudiant en ingénierie, qui connaît des déboires judiciaires après avoir participé au commerce de stupéfiants, La Run met en scène Guillaume, un jeune homme pour qui tout va bien, mais qui se trouve contraint de faire de l’argent dans un temps record afin de payer les dettes de jeu de son père. Comme l’homme à qui son paternel a emprunté de l’argent veut se faire rembourser très rapidement, Guillaume comprend que son job étudiant n’est pas suffisant. Il joindra son ami d’enfance dans sa run de distribution de drogues et grimpera rapidement les marches de l’industrie.

Si le générique de début du film La Run est très agressif, presque agressant, il donne également le ton au film: c’est une réalisation et des plans plus qu’efficaces qu’on retrouvera dans ce dernier projet des frères Fuica. Le film s’ouvre dans un long plan-séquence sublime, mais surprenant, accompagné d’une narration non-nécessaire, mais poétique. On retrouvera tout au long du film quelques changements de plan secs, d’autres tout en lenteur. On s’amusera parfois avec le procédé d’accéléré, d’autres fois on prendra son temps afin de bien mettre l’accent sur un détail. C’est donc un travail tout en finesse de la part de Demian Fuica qu’on retrouve sur La Run, gardant le spectateur en constante attente de la prochaine surprise , du détail étonnamment satisfaisant.

Oui, c’est avec joie qu’on découvre les procédés utilisés par Demian Fuica, car non seulement ils servent très bien le film, mais en plus, ils se succèdent sans jamais se ressembler. Par exemple, un travail minutieux a également été effectué sur la musique, qui s’arrête parfois nettement ou qui est quelque fois très forte selon le degré dramatique du moment ou l’action se déroulant. Il y a aussi un travail impressionnant de montage qui aide à esthétiser le film. Pas étonnant que Demian Fuica ait reçu, aux Jutra 2012, une nomination pour le meilleur montage, en plus d’en recevoir une autre pour le meilleur scénario, avec son frère Léonardo et leur ami Martin Poirier. Pour un film réalisé de façon indépendante, avec un budget de 350 000$, et comprenant de nombreux bateaux, voitures et appartements à louer, il faut donner aux frères Fuica ce qui leur revient : non seulement l’idée de dépeindre un milieu plutôt méconnu, car inquiétant, et ce, de façon très réaliste, était excellente, mais en plus ils ont réussi à le faire de splendide façon.

Crédit photo: K-Films Amérique

Bien sûr, personne ne réinvente la roue: Marc Beaupré joue dans La Run son éternel rôle de jeune bum, rappelant son personnage inoubliable dans la série 2 Frères. Quant à Jason Roy-Léveillée, c’est sans surprise qu’il incarne le bon garçon, populaire auprès des filles, courageux, honnête et avec des principes sacrés. Toutefois, on se plaît tout de même à les voir travailler ensemble, talentueux même si ne sortant pas réellement de leur zone de confort. Mention spéciale à Nanette Workman, fidèle à elle-même, c’est-à-dire interprétant une femme anglophone parlant le français avec un fort accent, et qui pourrait aisément paraître pour une cougar. Une autre belle surprise, c’est Nicolas Canuel, nommé dans la catégorie Meilleur acteur de soutien aux Jutra 2012, prix que lui a ravi le jeune Émilien Néron. Cet acteur bien connu pour ses seconds rôles livre en effet une belle performance en Rivière, le chef de l’organisation criminelle dans le domaine des stupéfiants dans laquelle oeuvre Guillaume.

Si le jeune homme se fera prendre au jeu en escaladant rapidement les marches du commerce de la drogue et faisant énormément d’argent, il réalisera également qu’on ne sort pas de cette business comme on le veut. Le travail est facile, rapide, et payant, mais à quel prix s’est-il embarqué là-dedans? Lui et Manu (Beaupré) sont tellement efficaces dans leur run, leur livraison à domicile de drogue, qu’il font des jaloux autour d’eux dans le milieu. Ça leur jouera parfois des tours, et ce qui est fascinant, c’est que cet univers est également réglé au quart de tour, et c’est très bien dépeint dans le film La Run. Tout l’univers du trafic de drogue est organisé, même avec son propre système de justice, n’ayant qu’un seul juge (Rivière), mais plusieurs bourreaux à son service. Rien n’est plus humain que l’histoire racontée dans ce long-métrage, car le personnage est confronté au bon vieux adage d’oeil pour oeil, dent pour dent. Rien de plus humain, non plus, car bien qu’il s’agisse d’une fiction, le propos est très véridique et cette histoire pourrait arriver à n’importe qui.

Au final, c’est surtout la réalisation, le montage et les procédés utilisés par les frères Fuica qui captiveront le spectateur, mais aussi le sujet du film, qui nous fait voir d’un tout autre oeil le crime organisé. Mais quelques éléments trop faciles à prédire ou même quétaines nuisent un peu à l’appréciation du film. Par exemple, le narration de fin, impossible à citer car ça vendrait le punch,  qui est beaucoup trop clichée, presque autant que la narration de début. Quelques détails superflus meublent parfois La Run, donc, mais il vaut tout de même la peine de courir au club vidéo louer le dernier bijou des frères Fuica, car il est réellement intéressant d’entrer autant dans l’univers de la drogue que dans l’univers des deux frères complices, créatifs et talentueux.

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